Au collège Charles-Péguy de Moulins, le Département de l’Allier vient d’inaugurer l’achèvement d’un chantier de six ans. Rénovation énergétique, accessibilité et renaturation ont avancé avec les élèves.
À la rentrée 2025, Célia, élève de 3e et écodéléguée depuis la 6e, se souvenait : « Avant, entre midi et deux, on restait debout, fatigués, et c’était la guerre des bancs », avant d’apprécier : « Maintenant, on trouve facilement un endroit pour s’asseoir, on parle plus, même avec des gens qu’on ne connaissait pas. » Sa camarade Maëva, 13 ans, restait, elle, fidèle à « son » muret, un vestige de l’ancienne cour : « C’est notre point de repère, on sait qu’on se retrouvera là. » Les deux adolescentes font partie des quarante écodélégués du collège, moteurs d’un chantier de transformation inédit. Pendant plusieurs mois, elles et leurs camarades ont réfléchi avec les architectes et les adultes du collège Charles-Péguy à la nouvelle cour de leur établissement, situé en plein centre de Moulins.
Ce collège illustre bien comment la transition écologique peut passer de vœux pieux à la réalité. Le Département de l’Allier a inauguré, en septembre 2026, après plusieurs années de travaux, la fin de la rénovation de l’établissement. Ça a été un chantier au long cours, conçu à partir de 2019. Il a nécessité neuf millions d’euros, études et travaux compris.
« Les architectes se sont mis à hauteur d’enfant »
Il démontre comment on peut associer intelligemment des élèves à la réflexion sur leurs conditions d’étude. Le cabinet mandaté pour ce projet a travaillé avec les délégués et toutes leurs propositions ont été retenues. « Les architectes se sont mis à hauteur d’enfant », souligne Véronique Lanceau, la principale du collège. « Ils ont considéré les élèves comme de véritables donneurs d’ordre. »
Ce collège enchâssé dans la ville, dont les plus anciens bâtiments dataient de 1882, avait été construit par strates successives pour répondre aux exigences au fil des ans. C’est d’ailleurs un collège dans lequel l’enseignant assassiné Samuel Paty a été élève. Mais le vieux collège avait besoin d’être réhabilité pour s’adapter à la manière de vivre et d’enseigner aujourd’hui. Il a été mis en accessibilité, les locaux sont réorganisés, les salles ont été rénovées et la circulation des élèves a été repensée. Le CDI a été déplacé au rez-de-chaussée, une salle destinée aux élèves malvoyants recentrée, une salle de théâtre créée, ainsi que des espaces de musique.
Le confort, la possibilité de circuler et les conditions d’apprentissage ont été largement pris en compte dans les choix, mais ils se sont aussi appuyés sur des ambitions écologiques, au point que le collège atteint un bilan énergétique A, tout comme son bilan carbone. Les murs ont été isolés, des faux plafonds, des caves, des menuiseries, des ventilations, des robinets thermostatiques, tout a été mis en place pour que la sobriété soit réelle sans être spectaculaire.
Dans la cour, plus de 520 mètres carrés ont été végétalisés
C’est dans la cour que le changement est le plus visible. Ces travaux ont bénéficié d’un budget de 900 000 €. Le goudron sombre y a laissé place à des revêtements clairs et drainants qui permettent de faire du sport et qui laissent aussi la place aux espaces verts. Les eaux usées et les eaux pluviales ont été l’objet d’une attention particulière : elles sont séparées et l’infiltration naturelle est privilégiée, ce qui permet à deux cuves de 5 000 litres de récupérer l’eau, notamment pour l’arrosage.
Dans la cour, un espace dans lequel les élèves passent énormément de temps, plus de 520 mètres carrés sont végétalisés : une noue de 35 m², un mur végétal de 62 mètres carrés, une pergola ombragée et une microforêt changent complètement la physionomie de cet espace. Des arbres, des arbustes, des sièges pour s’asseoir, des jeux ont été installés ; les équipements sportifs ont été modifiés et le préau agrandi. La triste cours dans laquelle les garçons jouent au ballon au centre pendant que les filles étaient reléguées à la périphérie n’est plus qu’un mauvais souvenir. La micro forêt va servir aussi de super support pédagogique. Pour cette cour, les écodélégués, qui avaient participé à des ateliers avec le bureau d’études Réalité Urbanisme et Aménagement, ont été particulièrement entendus. Ce sont les élèves qui savent où l’on se met à l’ombre, où l’on se retrouve, où l’on attend, où est-ce que l’on joue, et la cour répond désormais à leurs attentes et à leurs usages.
Le chantier a commencé en septembre 2020 et la fréquentation du collège n’a pas été interrompue pendant les travaux, ce qui a nécessité des trésors d’organisation et de coordination. Le Département est allé chercher des financements à plusieurs niveaux, auprès de l’État, de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et du Fonds européen de développement régional (FEDER). Cet exemple moulinois démontre qu’une collectivité peut faire le choix de la transition écologique et de la justice sociale tout en donnant la parole aux élèves.
Sonia Reyne
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