Sénatoriales dans le Cantal : la droite rurale résiste au RN

Sénatoriales dans le Cantal : la droite rurale résiste au RN

Candidat du Rassemblement national, Alexandre Heuzey avait déjà tenté sa chance aux législatives en Haute-Loire. Il a échoué dans le Cantal, où les deux sénateurs sortants sont reconduits.

Les grands électeurs de tous les départements qui étaient concernés par les sénatoriales le 27 septembre ont voté, et il se trouve que, dans le Cantal, ils ont reconduit deux sénateurs sortants : le centriste Bernard Delcros et Stéphane Sautarel, apparenté Les Républicains (LR). Le département était une bonne illustration de la tentative du Rassemblement national de s’implanter en milieu rural. Son candidat, Alexandre Heuzey, n’a cependant recueilli que 19 voix sur 526 suffrages exprimés.

Le parcours de ce candidat n’est pas anodin, et son parachutage dans le Cantal ne l’est pas non plus. Diplômé en droit et en sciences politiques de Sciences-Po Paris, lauréat du Concours général des facultés de droit, Alexandre Heuzey a travaillé auprès d’élus au Conseil régional d’Île-de-France, au Sénat et à l’Assemblée nationale, puis au Parlement européen. Il se présente aux législatives de 2024 en Haute-Loire, face à Laurent Wauquiez. Il fait alors vaciller le président du groupe LR à l’Assemblée en obtenant 34,18 % des voix au premier tour. Pourtant, Laurent Wauquiez ne ménage pas ses appels du pied à l’électorat du RN.

Deux ans plus tard, le champion du RN change de territoire et il est soutenu avec enthousiasme par Cindy Rodier, déléguée départementale du Rassemblement national de la jeunesse (RNJ), tête de liste aux dernières municipales à Saint-Georges. La stratégie de conquête des territoires ruraux par le parti de Marine Le Pen va chercher tous les atouts qu’elle a dans sa manche. C’est donc la déléguée départementale du Rassemblement national dans le Puy-de-Dôme, Alexandra Paret, qui endosse le rôle de suppléante pour ces sénatoriales cantaliennes.

En Haute-Loire, dans le Cantal, dans le Puy-de-Dôme… le Rassemblement national déplace ses candidats d’un département à l’autre du Massif central pour y installer des visages identifiés sur du long terme. Nul doute qu’il cherche à installer un vivier de candidats en Auvergne. Pas si simple, cependant : le Cantal et ses grands électeurs ont infligé un échec à Alexandre Heuzey. Cinq candidatures étaient enregistrées dans ce département : celle de Bernard Delcros, divers centre, élu avec 499 voix ; celle de Stéphane Sautarel, apparenté LR, élu avec 445 voix ; Alexandre Heuzey ne rassemble tout de même que 19 voix de grands électeurs cantalous, quand la candidate socialiste Monique Delort enregistre 48 voix et la candidate de la France insoumise (LFI) Léa Andral seulement 9 voix.

Pour mémoire, en 2020, Bernard Delcros avait remporté largement son siège avec 428 voix, et l’élection avait été plus serrée pour Stéphane Sautarel, qui n’avait devancé que de 17 voix Michel Teyssedou, candidat de La République en marche.

Ce scrutin indirect mesure à la fois l’opinion des Cantaliens et, plus largement, des zones rurales, ainsi que la solidité des réseaux des élus. Maires ruraux, conseillers départementaux, intercommunalités : les sortants ont un net avantage parce qu’ils ont un ancrage et une connaissance des petites communes qui leur donnent une légitimité face à un candidat parachuté de l’extérieur.

L’écart entre les 34 % obtenus en Haute-Loire au suffrage direct face à Wauquiez en 2024 et les 3,61 % dans le Cantal pour des sénatoriales illustre aussi la distance qui sépare un vote populaire du vote des élus, mais cela devrait interroger tous les responsables politiques. Quels liens réels entretiennent-ils avec le terrain ?

Mélissa Citronelle

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