Dans un communiqué daté du vendredi 30 octobre, l’union syndicale Solidaires Allier et SUD éducation 63-03 dénoncent qu’un de leurs représentants dans l’Allier et sur le bassin de Vichy s’est vu notifier une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance, normalement mise en œuvre pour la prévention d’actes de terrorisme.
Une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (Micas) a été appliquée à un militant syndical de l’Allier, qui préfère rester anonyme, lui interdisant de participer aux manifestations du samedi 31 octobre à Vichy, où entre 240 (selon la police) et 400 personnes (selon les organisateurs) ont défilé, et de sortir de sa commune de résidence pendant le week-end des 31 octobre et 1er novembre. Il devait aussi se présenter chaque jour au commissariat.
La mesure en question, prise par le ministère de l’Intérieur pour une quarantaine de militants en France, vise « à prévenir la commission d’actes de terrorisme ». Ces dernières semaines, des avocats, des syndicats et des associations ont dénoncé l’usage de cette disposition antiterroriste au pays des droits de l’homme pour cibler des militants écologistes, antifascistes, syndicalistes ou des soutiens de la cause palestinienne, les empêchant ainsi de participer à des manifestations.
Les notifications sont souvent envoyées à la veille d’un rassemblement, laissant ainsi un délai trop court pour les contester devant la justice. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour ce militant qui a reçu le document vendredi en fin de journée. « Mon avocat a déposé un référé liberté le samedi matin qui a été rejeté le samedi soir, sans audience », indique l’intéressé, parlant sous le couvert de l’anonymat, qui va également déposer un recours sur le fond pour ne pas laisser cette procédure sans suite.
« Notre camarade n’a rien à se reprocher. Il était d’ailleurs ce matin même dans les locaux de la sous-préfecture de Vichy pour un échange sur le parcours de la manifestation prévue le samedi 31 octobre, s’indigne l’intersyndicale. A-t-on vu beaucoup de terroristes allant discuter la veille d’une action ? » Cette mesure exceptionnelle est censée contrôler et surveiller une personne dont le comportement constituerait « une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics ». Elle concerne généralement les terroristes. L’union syndicale Solidaires Allier et SUD éducation 63-03 dénoncent le recours à cette mesure pour un militant syndical.
Criminalisation du militantisme
« Il est reproché à notre camarade sa participation à une tentative de blocage d’un centre commercial le 18 septembre 2025 dans le cadre d’une journée de grève interprofessionnelle. C’était une action collective », indiquent les syndicats. Ils dénoncent également « des allusions tirées par les cheveux qui concernent sa présence près d’un lycée dans le cadre du mouvement lycéen au cours duquel il y avait eu des jets de projectiles ».
« Là encore il n’y était pas seul, SUD éducation et Solidaires étaient auprès des lycéens et des lycéennes pour s’assurer entre autres de leur sécurité, poursuit l’intersyndicale. On lui attribue aussi le détournement d’un cortège entraînant 250 personnes hors du parcours déclaré lors de la manifestation du 17 octobre, alors qu’il s’agissait d’une volonté collective. »
En affirmant leur total soutien au militant concerné par cette mesure exceptionnelle, les syndicats déplorent « une ‘‘mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance’’ qui ne repose sur rien ». « Pour nous, c’est un acte qui cherche à intimider un militant, et plus largement le mouvement social et syndical, qui s’ajoute à des semaines de répression », évaluent-ils.
Solidaires Allier et SUD éducation 63-03 dénoncent une « criminalisation du militantisme » et refusent que des syndicalistes soient assimilés à de potentiels terroristes. Ils rappellent que participer pacifiquement à des manifestations ne peut être confondu avec la volonté de commettre des actes terroristes, et qualifient la mesure d’atteinte aux libertés de déplacement et de manifestation, à l’état de droit et à la démocratie.
Ils ont réclamé la levée de la mesure « dans les plus brefs délais » et demandé à ce que leur camarade puisse manifester. Elle prenait fin dimanche 1er novembre et, au 3 novembre, aucune nouvelle mesure Micas n’avait été signifiée.
Sonia Reyne
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