Le personnel se mobilise pour dénoncer des conditions de travail dégradées et des dysfonctionnements dans l’organisation et le suivi des patients. Les explications d’Annick Avit, secrétaire FO de l’établissement.
Le centre hospitalier Pierre-Gallice est un hôpital public de proximité à Langeac. Il permet à ce territoire d’avoir un service de médecine, de consultations et un plateau de radiologie. Il assure aussi des soins de longue durée et accompagne les personnes âgées grâce à son EHPAD et à son service de soins infirmiers à domicile (SSIAD). Depuis plusieurs mois il est en crise. Les médecins libéraux qui y travaillent ont cessé les astreintes de nuit et de week-end, et six des sept médecins ont déposé un préavis de démission pour le 1er janvier 2027. Les syndicats insistent sur le fait que la crise résulte d’une dégradation progressive des conditions de travail et d’une absence de réponses concrètes en dépit d’alertes répétées des personnels. Retour sur la mobilisation avec Annick Avit, secrétaire du syndicat Force ouvrière (FO) du centre hospitalier.
Mag’Éruptif : Qu’est-ce qui a déclenché la crise à l’hôpital Pierre-Gallice, et depuis quand les difficultés se sont-elles aggravées ?
Annick Avit : La situation s’est dégradée progressivement, mais les alertes se sont multipliées au cours de l’année 2025. En octobre 2025, une alerte pour danger grave et imminent (DGI) a été déposée par le syndicat FO. Elle faisait suite à des situations de souffrance au travail, à des tensions importantes dans les services et à une dégradation du climat social. Malgré les alertes des représentants du personnel, les difficultés n’ont pas été traitées à la hauteur des enjeux. Les problèmes se sont accentués : difficultés de communication, pression ressentie par les agents, organisation du travail de plus en plus difficile et décisions prises sans véritable concertation avec les personnels. Nous avons fini par constater que les difficultés ne concernaient plus seulement quelques situations individuelles, mais bien le fonctionnement général de l’établissement.
M. É. : Une expertise extérieure sur les risques psychosociaux a été réalisée en mai 2026. Quelles sont ses conclusions et quelles mesures demandez-vous ?
A. A. : Le rapport a été remis en juillet 2026 à la direction. Cette expertise a permis de mettre en évidence des risques psychosociaux, des difficultés profondes dans l’organisation du travail, les relations professionnelles, le management et les conditions d’exercice des personnels. La restitution aux personnels a finalement eu lieu le 6 octobre 2026. Après plusieurs mois d’alerte et la remise de ce rapport, nous attendions de la direction des engagements concrets, un véritable plan d’action avec un calendrier précis et des mesures immédiates. Or, lors de cette restitution, nous n’avons obtenu aucune annonce précise ni véritable plan d’action.
Les agents attendent des actes depuis plus d’un an. Nous demandons notamment des effectifs adaptés à la charge réelle de travail, une organisation du travail respectueuse des personnels et des patients, la fin des décisions imposées sans concertation, une reconnaissance du travail effectué et des heures supplémentaires, des procédures claires en situation de fonctionnement dégradé, une véritable prise en compte des risques psychosociaux et des préconisations de l’expertise.
M. É. : Au quotidien, qu’est-ce qui a changé pour les agents et pour les patients ?
A. A. : Derrière les chiffres et les rapports, il y a des femmes et des hommes qui viennent travailler chaque jour avec le sentiment de ne plus pouvoir exercer leur métier dans des conditions normales. Certains agents sont épuisés, d’autres sont en souffrance. Des personnels ont perdu confiance et certains ne se reconnaissent plus dans l’établissement où ils ont pourtant choisi de travailler. Les professionnels veulent simplement pouvoir faire leur métier correctement, sans avoir constamment le sentiment de devoir compenser les difficultés d’organisation.
Et les patients dans tout cela ? Ils ne doivent jamais être les victimes de cette situation. Un hôpital de proximité est essentiel pour la population d’un territoire rural comme celui de Langeac. Lorsque les professionnels manquent de moyens, que les équipes sont fragilisées et que l’organisation des soins est perturbée, c’est nécessairement la qualité et la continuité de la prise en charge qui peuvent être mises en difficulté. Nous nous battons aussi pour préserver cet outil de santé publique auquel la population est profondément attachée.
M. É. : Où en est le mouvement aujourd’hui ?
A. A. : La mobilisation a pris une ampleur importante. Le 14 septembre, une première journée de mobilisation a rassemblé personnels, retraités, médecins libéraux, élus et habitants. Le 2 octobre, nous avons franchi une nouvelle étape avec un rassemblement qui a réuni environ 250 personnes devant l’hôpital. La présence des élus, des commerçants, des habitants, des retraités et des professionnels de santé a montré que cette situation concerne tout un territoire. Nous avons également recueilli plus de 2 100 signatures sur notre pétition, sur papier et en ligne. Elles ont été transmises à l’Agence régionale de santé (ARS). Nous avons alerté différentes instances, notamment l’ARS et l’inspection du travail, et sollicité les autorités compétentes afin que la situation soit examinée. Aujourd’hui, nous poursuivons notre mobilisation. Une assemblée générale de l’ensemble du personnel est prévue le jeudi 5 novembre à 20h30, afin d’échanger avec les agents et de décider collectivement des suites à donner au mouvement.
M. É. : Quelles seraient les conditions minimales d’une sortie de crise ? Quels risques voyez-vous si rien ne change ?
A. A. : Pour FO, une sortie de crise ne pourra pas se résumer à quelques annonces ou à des promesses supplémentaires. Il faut une réelle volonté de changement, des engagements écrits, des mesures concrètes et un calendrier précis. Il faut également restaurer la confiance avec les personnels, reconnaître leur souffrance et leur permettre de retrouver des conditions de travail dignes et sécurisantes. La situation du service de médecine est particulièrement préoccupante. Les médecins libéraux ont interrompu les astreintes de nuit et de week-end, qui ont finalement repris à la suite d’une réquisition préfectorale. Par ailleurs, plus de la majorité d’entre eux ont annoncé leur intention de quitter l’établissement au 1er janvier 2027.
Cette situation fait peser une menace considérable sur la continuité des soins et l’avenir du service de médecine. Nous sommes face à un risque majeur pour l’avenir de l’établissement et pour l’accès aux soins de la population. Nous ne voulons pas que l’hôpital de Langeac devienne progressivement une coquille vide. Un établissement de proximité ne peut fonctionner durablement sans des équipes médicales et paramédicales stables, sans personnels respectés et sans une organisation permettant d’assurer correctement les soins. Notre combat n’est pas dirigé contre l’hôpital, bien au contraire. Nous nous battons pour le défendre, pour ses personnels, pour les résidents de l’EHPAD et pour les habitants de notre territoire. Les agents ne demandent pas l’impossible. Ils demandent simplement de pouvoir travailler dignement, dans de bonnes conditions, et de prendre en charge les patients comme ils le souhaitent : avec compétence, humanité et sécurité. Nous espérons que cette mobilisation permettra enfin une prise de conscience à la hauteur de la situation.
Propos recueillis par Sonia Reyne
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